1.
Introduction
« Nous avons tenu à présider l'ouverture des travaux du Conseil Supérieur de l'Eau et du Climat, tant nous mesurons l'importance primordiale de l'eau qui constitue, à nos yeux, l'un des éléments de la souveraineté nationale, et tant nous sommes convaincus de la vertu du dialogue constructif qui s'engage dans les instances compétentes sur toutes les questions nationales majeures. Si notre pays recèle, par la grâce de Dieu, des ressources naturelles abondantes, c'est aussi la volonté divine qui tient à nous mettre à l'épreuve de la sécheresse.
Les effets pervers de ce phénomène auraient pu être plus graves pour notre économie et pour l'équilibre de notre écosystème, sans la politique éclairée de l'eau conduite par notre vénéré père- que Dieu l'ait en sa Sainte miséricorde-, politique qui a amené le Conseil Mondial de l'Eau à attribuer le nom de Hassan II au prix international le plus prestigieux qui consacre la meilleure œuvre mondiale dans le domaine de l'hydraulique. »
Extrait de l'allocution prononcée par
SA MAJESTE LE ROI MOHAMMED VI
9ème session du CSEC, Agadir le 21 juin 2001.
Le présent plan d'action du Secrétariat d'Etat Chargé de l'Eau a trouvé dans ce discours une riche source d'inspiration pour la conduite de la nouvelle politique qui sera menée par notre pays dans le secteur de l'eau. A plusieurs égards cet important discours a tracé avec pertinence les grandes orientations que le Maroc a le devoir de suivre pour garantir sa sécurité en eau tant dans le présent qu'à l'avenir.
C'est ainsi que pour parer à la précarité et à la fragilité de l'équilibre entre l'offre et la demande sur lequel ont été fondés les importants efforts consentis pour garantir l'approvisionnement en eau des villes et l'irrigation d'un million d'hectares, le pays se doit de changer radicalement sa perception et son attitude à l'égard de l'eau en intégrant dans sa politique la nouvelle notion basée sur la gestion de la demande et la rationalisation de la consommation de cette denrée vitale.
Sur le plan de la satisfaction des besoins en eau de la population en perpétuelle croissance et du développement des activités agricoles et industrielles, le secteur de l'eau est appelé à poursuivre les efforts de mobilisation de toutes les ressources hydriques mobilisables par des ouvrages de stockage et, le cas échéant, des dispositifs de transfert d'eau des bassins excédentaires vers les bassins déficitaires.
Pour ce faire, de nouvelles formules de financement et de gestion des ouvrages hydrauliques doivent être recherchées afin d'alléger la charge des investissements supportés par les budgets publics.
Pour conforter les actions de mobilisation de l'eau, des mesures concrètes doivent être prises dans le domaine de la protection de cette ressource vitale contre toute forme de pollution afin d'éviter d'exacerber le phénomène naturel de la rareté de l'eau qui caractérise le climat semi-aride à aride dans la grande majorité des régions marocaines.
L'approvisionnement en eau du monde rural et de toutes les agglomérations du Royaume est un impératif incontournable de la stratégie du secteur qui a pour mission d'assurer à l'ensemble de la population l'accès à l'eau dans les meilleures conditions de qualité et d'hygiène.
Il importe également de diligenter les mesures nécessaires à la mise en œuvre intégrale des dispositions de la loi 10-95 sur l'eau dont les textes d'application ne sont malheureusement pas encore promulgués et de permettre au Conseil Supérieur de l'Eau et du Climat (CSEC) d'affirmer en permanence sa présence pour tout ce qui concerne la politique de l'eau et de devenir l'espace approprié pour discuter et débattre de cette politique.
Le plan national de l'eau en cours d'élaboration devra être soumis à la prochaine session du CSEC en vue de fixer une stratégie nationale permettant d'assurer le développement des ressources hydrauliques à l'horizon 2030 et de prendre la décision politique idoine sur la base d'une répartition rationnelle de cette richesse, écartant les risques de contentieux, de monopole et de gaspillage.
2.
Etat des lieux
2.1. La gestion de l'eau : une tradition au Maroc
L'eau est source de vie. De tous les symboles qu'elle suggère, le plus perceptible est somme toute celui de la vie.
Les premières grandes villes marocaines sont nées prés de cours d'eau ou de sources pérennes. Marrakech installée non loin du Tensift s'abreuvait des sous écoulements alimentés par la fonte des neiges de l'Atlas et captés par des Khetara. Fès fut fondée il y a 12 siècles au bord de l'oued Fès non loin du Sebou au milieu de dizaines de sources jaillissantes. A chaque ville marocaine on pourrait associer le nom d'un oued ou d'une source.
Les pluies d'automne et du printemps venant de la Méditerranée au Nord et de l'Océan Atlantique à l'ouest assuraient aux terres fertiles marocaines des plaines et des plateaux une agriculture riche et variée. Pluies relativement abondantes mais capricieuses, dont l'absence ou le retard plongeait le pays dans la détresse. Nos ancêtres ont connu des famines provoquées par des périodes sèches plus ou moins longues, la dernière connue il y a trois siècles a duré quatre années consécutives.
L'irrigation se pratiquait par dérivation des eaux d'oueds particulièrement au voisinage de l'Oum Er Rbia où on produisait il y a plus de trois siècles le sucre qu'on exportait vers l'Italie. L'irrigation se pratiquait également au bord du Sebou, du Ziz et du Draa…
C'est dire que la tradition de l'eau au Maroc est ancestrale. Et s'il est évident que ces ouvrages de captage ne répondaient plus aux besoins d'une population en progression exponentielle, leur présence a permis d'accumuler au fil des ans une expérience dont la richesse a permis au Maroc d'aujourd'hui d'assimiler plus facilement les techniques modernes de mobilisation et de gestion de l'eau. Il faut attendre cependant 1929 pour voir naître le premier grand barrage marocain en l'occurrence Sidi Said Maachou réalisé pour alimenter Casablanca en eau potable et pour produire de l'électricité.
Depuis cette date et jusqu'en 1967, la politique de mobilisation de l'eau a consisté en la construction de barrages sur les grands cours d'eau où existaient des potentialités importantes (chute et débit) de production d'énergie hydroélectrique. Les deux barrages les plus importants construits au cours de cette période furent Bin El Ouidane (133 m de haut, 1,5 milliards de m3 de capacité et 600 millions de kWh de production annuelle d'énergie) et Mohammed V (64 m de haut, 570 millions de m3 de capacité et 85 millions de kWh). Au total, 16 barrages auront été réalisés en 40 ans ayant une capacité totale de 2,4 milliards de m3 ; ce qui est peu eu égard aux potentialités du Royaume d'une part et à ses besoins grandissants d'autre part.
2.2. la politique de l'eau : des acquis indéniables
………..……….……………Les grands barrages
1967 devait marquer un tournant décisif dans la politique de l'eau. C'est au cours de cette année que FEU SA MAJESTE LE ROI HASSAN II, dans un discours prononcé à Erfoud, donna le départ à ce qu'on appellera désormais « la politique des barrages ». Pour marquer sa volonté de donner une impulsion décisive à cette politique, FEU SA MAJESTE LE ROI HASSAN II décida la construction d'une première tranche comprenant les barrages de Moulay Youssef sur la Tessaout, Hassan Addakhil sur le Ziz, Youssef Ben Tachefine sur le Massa, Mansour Eddahbi sur le Draa, Idriss 1er sur l'Inaouen et Sidi Mohammed Ben Abdallah sur le Bouregreg . Il annonça en même temps l'objectif d'irriguer un million d'hectares avant l'an 2000 et décida la création de l'Administration de l'Hydraulique au sein du Ministère des Travaux Publics.
En 36 ans d'efforts soutenus, le parc des grands barrages est passé de 16 à 105 et la capacité totale de 2,4 milliards de m3 à 15,7 milliards de m3 ; ce qui est considérable. L'objectif d'irriguer un million d'hectares fut atteint en 1997. Néanmoins, cette politique de mobilisation des ressources en eau, axée essentiellement sur la satisfaction des besoins en eau potable et industrielle, essentiellement dans les périmètres urbains, et en eau agricole pour les grands périmètres agricoles n'a pas accordé, faute de moyens suffisants, la même attention aux besoins et attentes du monde rural.
……..………………………Les petits barrages
C'est ainsi que durant les premières années de la décennie 1980 qui ont été très sèches, le monde rural a été plongé dans le désarroi et sa population dans la détresse. Pour le soulager le Gouvernement décida de réaliser des barrages petits ou moyens en régie avec des techniques simples utilisant beaucoup de main d'œuvre.
L'opération lancée en 1984 avec la Promotion Nationale a connu une réussite totale et a créé au sein de l'Administration un enthousiasme sans précédent. En moins de vingt ans, l'expérience accumulée était considérable, la réussite avait été saluée par la Banque Islamique, le Fonds Koweïtien, la BAD, le FADES, l'USAID, la JICA, l'AFD… qui ont exprimé leur volonté de financer le programme notamment par des dons. Plus de 60 barrages ont été réalisés à moitié prix, au quart du prix si on tenait compte des dons.
……………….……………Les retombées de la politique des barrages
Les bureaux d'études nationaux ont donné libre cours à leur imagination, une multitude de barrages de différents types ont vu le jour, de la maçonnerie au BCR, de la terre à l'enrochement, toutes les gammes sont présentes ce qui prouve, si besoin est, que les Ingénieurs Conseils avaient le souci d'optimisation des coûts.
C'est là un autre acquis indéniable qu'il faudra sauvegarder. La tâche est rude mais elle a des retombées salutaires. Ces barrages ont en effet des répercussions socio-économiques considérables sur la population rurale, ils aident à faire repousser la pauvreté, ils ont des taux de rentabilité interne très élevés (en général au moins double de ce qu'on obtient pour les grands barrages) ils peuvent être considérés en outre comme une école de formation professionnelle.
La politique de l'eau avait, quand elle a été lancée en 1967, à relever beaucoup de défis : Irriguer un million d'ha avant l'an 2000, alimenter les populations en eau potable, instaurer une solidarité nationale en matière d'eau, exploiter les ressources énergétiques nationales…L'importance et la diversité de ces défis n'autorisent guère de les relever en même temps. Un choix s'est opéré au gré des moyens matériel et humain et selon la complexité des tâches à réaliser, les plus difficiles comme l'eau potable en milieu rural, ont été quelque peu négligées.
……………..….……..….L'eau potable en milieu rural
Et si l'effort a donné des résultats spectaculaires en milieu urbain, faisant passer l'accès à l'eau potable de 50% à 100% dont 87% de branchements directs, force est de constater qu'il a été fait aux dépens du milieu rural où le taux moyen national d'accès à une eau salubre contrôlée ne dépassait guère 14% en 1995. Certes le problème ne se posait pas de la même manière : A l'inverse du monde rural, le monde urbain était pris en charge par des organismes structurés (ONEP et régies), son habitat est regroupé facilitant le déploiement d'infrastructures et d'équipements, les usagers avaient l'habitude de payer l'eau…Mais ces éléments à eux seuls ne permettent pas d'expliquer l'existence d'une disparité aussi marquante. La multiplicité des intervenants en milieu rural et l'absence de coordination expliquent, somme toute, mieux la précarité où se trouve son alimentation en eau potable.
En 1990, le gouvernement chargea l'Administration de l'Hydraulique de réaliser les études nécessaires à l'élaboration d'une stratégie visant le développement de l'alimentation en eau potable du monde rural, leur achèvement en 1994 donna lieu à l'établissement du Plan Directeur National d'alimentation en eau potable des populations rurales, démarche pragmatique approuvée par le CSEC dans sa session de 1994, et qui va permettre de régler rapidement ce problème.
Le programme qui s'appellera désormais « PAGER » consiste en la réalisation de 31.000 points d'eau permettant à 11 millions de ruraux d'accéder à l'eau potable. Son coût est estimé à 10 milliards de DH. C'est un programme participatif : les collectivités locales et les populations participent au coté de l'administration à toutes les phases du projet depuis le diagnostic de départ et le choix des équipements, jusqu'à la réalisation des ouvrages et l'exploitation du point d'eau par les associations d'usagers.
Les efforts accomplis pour atteler le monde rural au train du progrès n'ont pas été vains, puisque plus de 55% de la population rurale accède actuellement à une eau potable de bonne qualité tandis que l'avenir est des plus prometteurs.
Le résultat est d'autant plus important qu'il s'est accompagné d'acquis indéniables. En effet, le Royaume dispose désormais d'une administration de l'Hydraulique rompue aux techniques les plus diversifiées et les plus modernes d'étude et de réalisation d'infrastructures rurales.
Autant cet acquis est important, autant il est difficile de le conserver si le respect d'un certain nombre de conditions qui ont constitué un préalable à son accomplissement n'est pas perpétué. C'est ce que nous nous efforcerons d'accomplir à travers le plan d'action que nous avons élaboré et qui, plus est, a pour ambition d'aborder d'autres questions au demeurant importantes et qui ont été quelque peu délaissées fautes de moyens budgétaires. Questions dont est donné ci-dessous un aperçu sur leur portée.
2.3. des contraintes subsistantes
………………….……….. la
pollution
Les ressources hydrauliques du pays sont de plus en plus menacées par la pollution, générée par les rejets urbains et industriels et par l'usage de plus en plus intensif des engrais chimiques et des pesticides en agriculture. Cette pollution, qui prend des dimensions de plus en plus alarmantes, peut engendrer une dégradation chronique de la qualité des ressources en eau.
Les zones les plus touchées par la pollution sont surtout les bassins du Sebou et de l'Oum Er Rbia où existe une forte concentration d'agglomérations urbaines et d'importantes activités industrielle et agricole.
A ces facteurs polluants, s'ajoute également le contexte climatique, en particulier la sécheresse qui, en réduisant les apports superficiels et souterrains, amplifie la détérioration de la qualité des eaux : le pouvoir de dilution et d'auto épuration des eaux superficielles se trouve réduit et la salinité des nappes d'eau souterraine est accrue suite aux rabattements excessifs (cas des intrusions marines dans les nappes côtières) ;
A coté des grands risques de pollution liés aux déversements urbains et industriels dans le milieu récepteur, il convient de souligner également les risques potentiels de pollution générée par l'eutrophisation des lacs et la pollution des eaux souterraines par les nitrates.
Les principales nuisances dues à l'eutrophisation comprennent :
·
La désoxygénation des fonds entraînant ‘‘la réduction'' des composés du fer, manganèse, soufre et carbone, composés devant être éliminés de l'eau potable. Dans certaines retenues, la concentration de ces composés est tellement importante qu'elle impose des traitements complexes et coûteux pour produire de l'eau potable ;
·
La production d'algues et d'hydrogène sulfuré communiquant un mauvais goût à l'eau produite et occasionnant parfois des allergies ;
Les retenues les plus menacées par l'eutrophisation au Maroc sont particulièrement celles qui sont localisées en aval des rejets d'effluents urbains, lesquels sont en général riches en sels nutritifs à base d'azote et de phosphore. Ces sels s'accumulent dans les retenus et stimulent la prolifération de la biomasse algale, favorisée par les conditions d'ensoleillement et de température qui règnent au Maroc.
L'agriculture contribue également à l'aggravation de l'eutrophisation des retenues et des lacs. Celle-ci emploie de plus en plus d'engrais azotés dont une grande partie se retrouve dans le réseau hydrographique par voie de ruissellement. C'est particulièrement le cas du barrage Al Massira qui se trouve en aval du périmètre irrigué du Tadla où les engrais azotés sont utilisés de manière intensive sur une superficie irriguée de plus de 100.000 hectares environ.
La pollution des eaux souterraines par les nitrates pose de grands problèmes dans les aquifères comme les nappes du Tadla, du Haouz, du Souss, des Triffa et du Saiss situées sous des zones agricoles où l'emploi des fertilisants est de plus en plus intense. Cette situation est d'autant plus préoccupante que dans sa quasi-totalité, le milieu rural s'approvisionne pour son eau potable à partir des eaux souterraines.
…………..…….. La surexploitation des nappes
Les eaux souterraines constituent une part importante du patrimoine hydraulique national. La problématique de ces ressources réside dans la surexploitation de la quasi- totalité des nappes souterraines connues. En effet, le développement hydro- agricole conjugué aux impacts des sécheresses observées durant les vingt dernières années a engendré une surexploitation accrue des nappes du Souss, du Haouz, des nappes côtières de la zone Rabat- Safi, du Saïss, des Triffa- Angad, etc. Les baisses quasi-générales des niveaux des nappes ont atteint des valeurs alarmantes, perturbant l'équilibre socio-économique et le développement de certaines zones comme c'est déjà le cas de Sebt El Guerdane dans la région du Souss.
……..……………………..
Le déficit régional
Au Maroc, les ressources en eau sont marquées par une inégale répartition entre les bassins versants. Ainsi, les bassins de Sebou, du Loukkos, du Tangérois et des bassins côtiers méditerranéens dont la superficie cumulée représente environ 8% de la superficie du territoire marocain hébergent prés de 50% de l'ensemble des ressources disponibles en eau.
Les bilans hydrauliques établis dans le cadre de la préparation du dossier du PNE montrent que des situations de déficit sont déjà enregistrées au niveau notamment des bassins du Souss-Massa, de la Moulouya et de l'Oum Er Rbia. L'analyse de ces bilans ne permet pas d'envisager pour ces régions de compenser dans l'avenir leur déficit par la mobilisation des ressources en eau actuellement identifiées. Au niveau du bassin du Souss et du Tensift le déficit global en eau est atténué jusqu'à présent par la surexploitation des nappes.
……….…………….…….L'envasement
Le Maroc dispose aujourd'hui de 105 barrages ayant une capacité totale de stockage de 15,7 milliards de m3. On estime actuellement à prés de 60 millions de m3 en moyenne la capacité perdue chaque année par envasement en raison de l'érosion des sols dans les bassins versants. Par ailleurs, la capacité de stockage cumulée à fin 2000 et perdue par envasement est estimée à 1.100 millions de m3. En plus de la perte du capital sol, l'érosion entraîne de graves conséquences pour la gestion de l'eau :
·
Les pertes de capacité de retenues entraînent une diminution des volumes régularisés et d'une manière générale une baisse des performances des ouvrages ;
·
La nécessité de tenir compte de la gestion des sédiments complique la conception des ouvrages et renchérit leur coût ;
·
les fortes charges en sédiments compliquent l'exploitation des ouvrages situés à l'aval (stations de pompage, canaux de transport d'eau, …) et renchérissent leurs coûts d'entretien et de maintenance.
………………..Gaspillage et perte d'eau
Malgré les progrès réalisés, des pertes considérables se produisent à tous les niveaux de développement des ressources en eau. Ces pertes, évaluées à prés de 1,3 milliards de m3 par an concernent le secteur de l'agriculture pour 1.100 millions de m3 et le secteur de l'eau potable et industrielle pour 200 millions de m3.
Les principales causes du gaspillage de cet important volume d'eau qui n'est d'aucun profit pour l'économie nationale peuvent être classées en trois catégories :
·
les défaillances au niveau du réseau d'adduction et de distribution ;
·
le manque d'assimilation par les usagers de la notion de la rareté de l'eau qui ne se reflète d'ailleurs ni dans les prix de distribution de l'eau potable de la grande majorité des agglomérations, ni dans la redevance de l'eau agricole dans les périmètres irrigués;
·
la faible vulgarisation de l'usage des nouvelles technologies basées sur l'économie de l'eau.
……….………... l'occupation du domaine public hydraulique
Les sécheresses les plus marquantes au Maroc sur le plan hydrologique ont été observées au cours des épisodes de 1980-1985, 1991-1995 et de 1999-2001. L'effet de ces années sur les ressources hydrauliques des bassins a profondément aggravé le déficit chronique de l'écoulement d'eau constaté depuis 1970, date du début du cycle déficitaire à l'échelle de l'ensemble du pays.
Ces périodes de sécheresse, longues et successives, ont été caractérisées par une expansion de l'occupation illégale du domaine public hydraulique constitué notamment par le lit majeur des oueds, les zones d'épandage naturelles des crues, les merjas, les lacs, etc.…. Cette situation a pour conséquence directe d'être à l'origine des graves dégâts provoqués par les inondations dans les différentes régions du pays.
…………………..
Retard dans l'équipement des périmètres d'irrigation
La réalisation d'un barrage n'est pas une fin en soi. Elle ne peut trouver sa justification que dans la mesure où tous les ouvrages nécessaires à l'exploitation de l'eau emmagasinée sont réalisés dans les délais qui leur sont impartis. En effet le taux de rentabilité d'un barrage est déterminé en fonction d'un programme de réalisation de tous les aménagements permettant l'utilisation de l'eau stockée.
Les barrages existants ont été réalisés selon un programme concerté qui a reçu l'aval de tous les utilisateurs. Force est de constater que malgré cette coordination, l'équipement des périmètres n'a pas été réalisé à la cadence planifiée. Le retard cumulé dans l'équipement des périmètres potentiellement irrigables est estimé à 123.000 ha dont 85.000 pour le seul bassin de Sebou.
Pour ne pas aggraver cette situation, le programme national des grands barrages accorde la priorité aux ouvrages qui sont destinés :
·
Soit au renforcement du volume régularisé des barrages pour lesquels les équipements sont déjà réalisés (c'est le cas du barrage sidi Said qui va permettre d'améliorer les performances du barrage Mohammed V diminuées du fait de l'envasement de sa retenue) ;
·
Soit à promouvoir le développement rural (peuvent être cités à titre d'exemple les barrages Ait Ahmed et Taghzirt) ;
·
Soit à l'alimentation en eau potable (barrage Raouz, barrage Wirgane, surélévation du barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah) ;
·
Soit à la protection contre les inondations.
3.
Problématique de l'eau au Maroc
3.1. Une ressource rare
Le taux des ressources en eau naturelle par habitant, qui exprime la richesse ou la rareté relative de l'eau d'un pays, avoisine déjà en moyenne au Maroc le seuil de 1.000 m3/hab/an, communément admis comme seuil critique indiquant l'apparition de pénuries et de crise latente d'eau. Ce taux moyen relativement faible dissimule, en réalité, une situation beaucoup plus préoccupante car il varie de 2000 m3/hab/an à 150 m3/hab/an.
Pays ou région
|
1990 |
2025 |
Maroc |
1.185 |
657 |
Algérie |
737 |
354 |
Tunisie |
532 |
319 |
Moyen Orient et Afrique du Nord
|
1.436 |
667 |
Afrique |
6.516 |
2.620 |
Moyenne mondiale
|
7.685 |
4.783 |
Ressources en eau renouvelables en m 3 /habitant/an
Pour l'ensemble du Maroc, ce taux se situera autour de 745 m3 à l'horizon 2020. A cette date, près de 13 millions d'habitants, représentant 35 % de la population totale du pays, disposeront de moins de 500 m3/hab/an considéré comme seuil de manque d'eau chronique.
Cet indicateur a le mérite de rappeler que la pénurie d'eau est une donnée structurelle dont il faut impérativement tenir compte dans la politique et la stratégie de gestion des ressources en eau pour l'avenir.
3.2. Une ressource inégalement répartie
…….………………
dans le temps
Au Maroc, le régime des précipitations est dominé par une forte irrégularité annuelle et saisonnière. Ainsi, les précipitations totales, estimées en moyenne à 150 Milliards de m3,e varient selon les années de 50 à 400 Milliards de m3. Ces précipitations sont généralement concentrées dans les mois pluvieux de fin d'automne et d'hiver (Nov., Déc., Janv. et Fév.) et ne tombent que pendant un nombre de jours limité estimé à prés de 30 jours au Sud et de 70 au Nord du pays.
Les écoulements superficiels moyens générés par ces précipitations sont évalués à 19 Milliards de m3 et varient selon les années de 5 Milliard de m3 à 47 Milliards de m3. Le régime des ces écoulements est caractérisé par une très grande variabilité saisonnière et annuelle illustrée par des étiages prononcés atteignant des valeurs nulles sur certains cours d'eau, et des crues se développant sur de très courtes périodes générant une forte érosion des sols à l'amont et des inondations dans les zones aval.
Par ailleurs, le Maroc est fortement vulnérable à la sécheresse. L'occurrence d'épisodes secs plus ou moins longs est une caractéristique dominante du régime des ressources en eau du pays, comme ce fut le cas durant les périodes 1980-85 et 1991-95 pendant lesquelles les apports annuels avaient subi une baisse drastique atteignant respectivement une moyenne de 8,5 et 8 Milliards de m3 par an.
Cette répartition inégale des ressources en eau dans le temps impose la construction de grands barrages réservoirs pour stocker les apports des années humides afin de les utiliser pendant les périodes de sécheresse.
……..……………et dans l'espace
Le régime des précipitations connaît des variations très importantes d'une région à l'autre. En effet, les précipitations atteignent près dles zones les plus arrosées et descendent en deçà de 100mm dans les zones arides du sud du pays. Cette disparité régionale se retrouve également au niveau des écoulements d'eau, l'écoulement superficiel exprimé en m3/Km2/an varie dans le rapport de 1 à 20 entre le bassin du Ziz (15.000 m3/Km2/an) et le bassin du Loukkos (300.000 m3/Km2/an)
Ainsi, le taux des ressources en eau naturelle par habitant varie de 150 m3/hab/an dans les bassins pauvres en ressources en eau (Sahara, sud de l'Atlas et Souss- Massa) à 2.000 m3/hab/an pour les bassins du Loukkos, du Tangérois et des Côtiers méditerranéens. Les deux bassins du Sebou et de l'Oum Er Rbia concentrent près de 50% des ressources en eau du pays. De surcroît, les principales agglomérations et activités économiques sont localisées essentiellement dans la région du centre Ouest qui n'est pas suffisamment riche en eau.
Pour réduire les effets de ces disparités, le Maroc a adopté une politique de transfert des eaux des régions excédentaires vers les régions déficitaires. C'est notamment le cas :
·
du transfert d'eau à partir du bassin de l'Oum Er Rbia pour l'irrigation dans les périmètres des Doukkalas et le Haouz ainsi que l'approvisionnement en eau potable des villes de Marrakech, Safi, El Jadida et Casablanca ;
·
du transfert d'eau à partir du barrage Bin El Ouidane pour l'irrigation de la Tessaout aval ;
·
du transfert à partir du barrage Mohamed V pour l'irrigation de la Basse Moulouya et l'approvisionnement en eau potable des villes d'Oujda, Nador et Berkane.
·
3.3. Les changements climatiques, un impact sévère
Le climat accuse des changements consécutifs au réchauffement de la planète. Ces changements se répercutent de manière plus accentuée sur les régions arides et semi-arides comme celle du Maroc et influencent considérablement le cycle hydrologique. Ils aggravent par ailleurs les risques de sécheresse et d'inondation.
Des présomptions scientifiques font état d'un impact négatif de ces changements climatiques sur le régime des précipitations, ce qui a été du reste constaté au cours des deux dernières décennies. En effet, la comparaison des apportrs moyens en eau de surface au niveau des sites de barrages existants et projetés au niveau national entre la période 1945-2000 et celle de 1970-2000 montre une baisse de l'ordre de 20%.
A l'avenir, ces changements climatiques pourraient aggraver davantage l'irrégularité du régime des précipitations et augmenter les risques de sécheresse. Aussi, la prudence nous impose-t-elle de prendre au sérieux ces menaces et de les intégrer dans toute stratégie de développement des ressources en eau.
4.
Besoins en eau
L'important développement économique et social que connaît le Maroc engendre une forte demande en eau. Cette demande, qui concerne les principaux usages de l'eau, à savoir l'eau potable et industrielle et l'irrigation, est évaluée actuellement à 11,5 milliards de m3.
Les études de planification entreprises au niveau de l'ensemble des bassins hydrologiques montrent que la demande globale en eau des différents secteurs usagers va augmenter considérablement à l'horizon 2020 pour atteindre près de 15,5 milliards de m3. L'analyse des bilans ainsi élaborés permet de dresser les constats suivants :
·
des situations de déficit en eau sont déjà enregistrées au niveau des bassins versants de la Moulouya, de la zone du Bou Regreg, du Souss Massa et de la zone située au sud de l'Atlas
·
le déficit global en eau au niveau des bassins du Souss et du Tensift est actuellement atténué par la surexploitation des nappes du Souss Massa et du Haouz. En tenant compte des ressources en eau identifiées au niveau de ces bassins, les bilans hydrauliques resteront en somme déficitaires
·
à l'horizon 2020, les bassins du Sebou, du Loukkos, du Tangérois et des côtiers méditerranéens devraient encore offrir quelques possibilités de mobilisation des ressources en eau
Cette forte pression sur les ressources en eau sera accentuée par les projets ambitieux de développement socio-économique lancés récemment par SA MAJESTE LE ROI MOHAMMED VI. Citons, à titre d'exemples, le PLAN AZUR dont l'objectif principal est de drainer 10 millions de touristes d'ici 2010 et le projet de construction du port de Tanger- Méditerranée.
En effet, la concrétisation du Plan Azur triplera la demande en eau dans les régions où seront implantés les différents sites touristiques. De même, la création des activités liées au projet du port de Tanger-Méditerranée va revigorer l'économie de la région Nord du pays et induira d'importants besoins en eau potable et industrielle. Ainsi, les données du plan directeur de développement des ressources en eau de cette région s'en trouveront profondément changées.
Pour faire face à la demande en eau à l'horizon 2020, des efforts de mobilisation doublés d'une politique efficace de valorisation de l'eau devront être entrepris par :
·
la réalisation de grands barrages de stockage d'eau de surface ;
·
le transfert de l'eau des régions excédentaires vers les régions déficitaires ;
·
la promotion de la gestion de la demande pour limiter les pertes d'eau et mieux valoriser les ressources en eau déjà mobilisées;
·
l'adoption d'une stratégie efficace pour la préservation de la qualité de l'eau et la lutte contre sa pollution ;
·
la réalisation de forages et puits pour l'exploration et le captage d'eau souterraine, en particulier au niveau des nappes profondes ;
·
le développement de la recharge des nappes en vue d'assurer une meilleure gestion conjointe des eaux de surface et souterraines ;
·
le recours aux ressources en eau non conventionnelles, telles que la réutilisation des eaux usées, la mise à contribution des eaux saumâtres et le dessalement de l'eau de mer.
5. Stratégie de développement
Le secrétariat d'Etat chargé de l'Eau élabore et met en œuvre la stratégie et les politiques en matière de gestion et de développement des ressources en eau de manière à accompagner et soutenir le développement économique et social du pays.
Les objectifs majeurs de cette stratégie peuvent se résumer comme suit :